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Alexis Le Borgne : De la peinture classique à l’art numérique

Alexis Le Borgne
Autoportrait © Alexis Le Borgne

Autoportrait © Alexis Le Borgne

Alexis Le Borgne est un jeune artiste peintre et illustrateur originaire de Bretagne (comme nous !). À 21 ans, il vient de terminer ses études en design graphique et va désormais pouvoir faire de sa passion son métier, à temps plein. Nous l’avons rencontré !

Pinceaux Léonard : Bonjour Alexis et merci d’avoir accepté notre invitation. Pour commencer, pouvez-vous nous dire d’où vous vient votre passion pour la peinture ?

Alexis Le Borgne : J’ai toujours dessiné, même si je n’étais pas le meilleur dessinateur à l’école primaire ! Mais on m’a toujours encouragé. J’ai débuté la peinture fin 2010, à la suite d’une rencontre avec un aquarelliste illustrateur : Yann Lesacher. J’ai donc commencé à peindre à « l’aquarelle », en ressortant les pastilles que l’on avait à l’école ! J’ai eu mes premières feuilles et palette d’aquarelle plus tard. Je suis tout de suite tombé amoureux de la magie qu’il se passait sur la feuille. Au fil des années, je me suis mis à travailler avec d’autres médiums.

Pinceaux Léonard : Vous utilisez des techniques variées (aquarelle, gouache, huile..). Pourquoi avoir fait le choix de cette diversité ? Avez-vous une préférence pour un médium en particulier ?

Alexis Le Borgne : Cette diversité m’apporte une prise de recul sur la partie technique du médium en lui-même et me permet de ne pas me renfermer dans un processus. Chaque médium a ses avantages, ses inconvénients et j’aime les défis. Ainsi, l’aquarelle se caractérise par sa spontanéité, sa transparence, son défi permanent. L’huile quant à elle, me permet de travailler des choses plus subtiles dans les valeurs, les gris colorés, les transitions de couleurs et les tons, les fondus. Le pastel sec me permet d’affiner mon choix et ma vision des couleurs  via ses nuances de bâtonnets, tout en légèreté et en souplesse du geste, telles des notes de musique. Enfin, l’acrylique se situe entre l’huile et l’aquarelle et me permet de travailler en jus, en semi pâte et en pâte. Mais ma préférence va à l’aquarelle : hasardeuse, indomptable et magique, faire beaucoup avec peu de moyens !

Ruins II © Alexis Le Borgne

Ruins II © Alexis Le Borgne

Pinceaux Léonard : Pourquoi avez-vous souhaité essayer l’art numérique ? Est-ce pour vous un médium complémentaire ou plutôt différent ?

Alexis Le Borgne : J’ai toujours eu beaucoup d’ aprioris concernant l’art numérique, que je ne considérais pas vraiment comme un médium. Pourtant je suis quelqu’un de très ouvert d’esprit. Mes études m’ont amené à acheter ma première tablette graphique, en 2016. J’ai alors découvert que le stylet possédait un niveau de pression égale à celle d’un pinceau traditionnel. C’est pourquoi je dirais désormais que oui, l’art numérique est un médium complémentaire. Il n’y a pas de rapport à la matière et pourtant cela a amélioré ma façon de peindre en traditionnel et surtout à l’huile. Je pense qu’il n’existe pas de technique plus rapide et plus économique que celle de la peinture numérique pour esquisser afin de créer et parfaire une œuvre pour le traditionnel (message, composition, valeur, lumière, couleurs, traitement…). De plus, elle me permet  de créer les mêmes effets qu’en peinture traditionnelle via des « brushs ». Avec la tablette, je travaille beaucoup les logiciels de création graphique pour la partie illustration numérique. Ce sont des outils indispensables pour un illustrateur aujourd’hui, que ce soit dans le domaine de l’édition, du cinéma ou du jeu vidéo. La tablette me sert de cahier de brouillon avant d’attaquer une peinture traditionnelle. Je peux également créer et inventer des peintures numériques à l’infini, sans que cela ne prenne de place ! Ce médium m’a permis de libérer mon imagination et ma façon de voir les choses. C’est un médium sans limites.

Saint-Brieuc, autrefois (peinture numérique) © Alexis Le Borgne

Saint-Brieuc, autrefois (peinture numérique) © Alexis Le Borgne

Pinceaux Léonard : Où trouvez-vous votre inspiration ?

Alexis Le Borgne : À mes débuts, en 2010-2011, je copiais tout ce que je voyais : animaux, paysages, natures mortes. Ensuite, je me suis tourné vers les portraits, pour finalement revenir aux paysages et aux fleurs en 2013. Puis j’ai eu envie de peindre des scènes d’intérieurs, des vieux ateliers et des scènes de rues. L’imagination est également une source de créativité et d’inspiration inépuisable.

Mon travail sur la lumière a réellement commencé en 2013. J’ai toujours eu une grande admiration pour cet élément naturel. La lumière révèle ou fait disparaître les formes, donne une âme au sujet, permet de guider et de plonger le spectateur dans l’œuvre. Aujourd’hui, j’ai compris que la lumière était un élément indispensable en illustration pour le cinéma ou le jeu vidéo. Je puise beaucoup mon inspiration dans l’Histoire finalement, mon travail a toujours eu un rapport au passé. Je suis surtout fasciné par la Renaissance, l’ère industrielle, mais surtout le 18ème siècle : les explorations et le nouveau monde, les vieux gréements, les ruines, l’architecture, les habits… Je reçois désormais beaucoup de commandes concernant des reconstitutions historiques.

Depuis quelques mois, mon travail se tourne plus vers l’illustration, que vers celui de peintre. En tant que peintre, on s’en tient à un sujet que l’on interprète à sa façon en y ajoutant de l’émotion. L’illustrateur lui, part de zéro. Il se documente, il doit maîtriser le dessin et toutes les sortes de lumière et peut créer n’importe quels environnements, ambiances, personnages, véhicules… à n’importe quelle époque aussi bien futuriste, tout en gardant de l’émotion et un langage visuel personnel. Un travail de longue haleine, dans la lignée des maîtres de l’époque.

Trésor enfoui (aquarelle) © Alexis Le Borgne

Trésor enfoui (aquarelle) © Alexis Le Borgne

Pinceaux Léonard : Concernant la technique, avez-vous pris des cours ? Ou bien diriez-vous que vous êtes une personne plutôt indépendante et autodidacte ?

Alexis Le Borgne : Je dirais que je suis plutôt indépendant. J’ai toujours voulu garder ma liberté et mon truc à moi, bien qu’il y ait toujours des influences et des artistes qui nous inspirent. On ne peut pas vraiment dire que je suis autodidacte non plus car on apprend toujours des autres même si l’on travaille seul. C’est à nous que revient la tâche de trier ce qui nous correspond le mieux en terme de médiums, de technique et de langage visuel, de sensibilité… J’ai lu beaucoup de livres et de magazines pour me perfectionner. Le reste, c’est du travail et de l’humilité encore et toujours. Il n’existe pas de recette miracle.

Pinceaux Léonard : Côté pinceaux, quelles sont vos préférences et pourquoi ?

Alexis Le Borgne : J’utilise très peu de pinceaux. En général, 2 ou 3 pinceaux suffisent pour une œuvre. Je me sers nécessairement du petit gris pur pour l’aquarelle, d’un plus gros pour les lavis et l’ensemble, d’un plus petit et d’un traînard pour les détails comme les branchages ou la végétation.

J’aime le petit gris pur de chez Léonard car il offre une bonne balance du poignet grâce à son manche. Mon pinceau coup de cœur est un petit gris pur plat, manche long, avec une bonne capacité en eau. Pour l’huile, j’utilise un set de 3 pinceaux en soie de porc ainsi qu’une carte bancaire qui me sert de couteau et avec laquelle je signe dans la matière ! Plus maniable à mon goût.

Gare de Saint-Brieuc (peinture numérique) © Alexis Le Borgne

Gare de Saint-Brieuc (peinture numérique) © Alexis Le Borgne

Pinceaux Léonard : Parmi l’ensemble de vos œuvres, quelle est celle dont vous êtes le plus fier ?

Alexis Le Borgne : La question n’est pas simple. Chaque œuvre est une partie de nous mais il est vrai que l’on a toujours des préférences. Je suis exigeant dans mon travail. En général, sur un bloc de 20 feuilles, j’en compte entre 5 et 8 dignes d’être exposées. Depuis que je me sers de la tablette numérique, j’en garde un peu plus car elle permet de bien me préparer.

Parmi les œuvres que je préfère, il y a les scènes d’intérieurs : « Dimanche midi chez mamie », « Envahissant », « Lumière dans l’atelier », « un soir d’été ». Parmi les plus récentes, j’aime particulièrement : « Underwater II », « Ruins V » et « Un monde oublié I ».

Lumière dans l'atelier © Alexis Le Borgne

Lumière dans l’atelier © Alexis Le Borgne

Pinceaux Léonard : Vous avez commencé à exposer votre travail très jeune. Vous le faites encore aujourd’hui et vous proposez également des stages. C’est important pour vous de transmettre votre savoir ?

Alexis Le Borgne : Oui, pour moi c’est également une passion de transmettre. Bien au delà de l’aspect financier, transmettre c’est une leçon de vie. Tous les âges, tous les métiers sont réunis autour d’une même passion, celle de peindre. Il n’y a rien de plus gratifiant et valorisant que quelqu’un qui souhaite apprendre et progresser à vos côtés. Je suis heureux et fier de mes élèves ! Je m’adapte à tous les niveaux, aussi bien aux débutants qu’aux confirmés qui souhaitent se perfectionner ou découvrir une autre technique.

Envahissant © Alexis Le Borgne

Envahissant © Alexis Le Borgne

Pinceaux Léonard : Avez-vous des projets dans un futur proche ? Si oui, lesquels ?

Alexis Le Borgne : Oui plein et je ne sais par où commencer… J’ai reçu une commande importante d’une douzaine de toiles pour l’année 2018 ! J’ai pour projet de refaire un Artbook sur la création d’un univers futuriste pour un jeu vidéo avec différentes planètes. Ce sera donc mon projet personnel d’illustration.

En parallèle, je participerai à plusieurs expositions et salons de peinture, à des concours. J’éditerai bientôt un DVD de démonstrations ainsi qu’un livre sur mes peintures. J’aimerais également apprendre la modélisation 3D et les logiciels d’architecture, apprendre à cuisiner des choses plus élaborées.

Cité perdue © Alexis Le Borgne

Cité perdue © Alexis Le Borgne

Pinceaux Léonard : Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans la pratique de la peinture ?

Alexis Le Borgne : Faites-vous plaisir, ne prêtez pas attention aux jugements des autres, triez les critiques, avancez à votre rythme… et le reste suivra. Il ne faut jamais vouloir des résultats tout de suite car vos faiblesses techniques s’amélioreront avec le temps et votre regard évoluera.

La peinture est un merveilleux passe-temps pour oublier les soucis du quotidien et se plonger dans sa bulle. Il n’y a rien de plus fabuleux que de se faire plaisir et faire plaisir aux autres. Inspirez-vous, regardez ce qu’il se fait dans le monde et trouvez votre style, vos préférences. Bref : testez, osez ! Faire de l’image, c’est cool non ? Et il n’y a pas d’âge en plus… 

Un grand merci à Alexis Le Borgne pour cette interview passionnante et ses mots justes ! Vous retrouverez tout son travail sur son compte instagram ou sur son site internet.

À propos de l'auteur

Pinceaux Léonard

Depuis 1840, sept générations se succèdent à Saint-Brieuc en Bretagne pour fabriquer à la main des pinceaux de qualité, les Pinceaux Léonard. Aquarelle, acrylique, peinture à l'huile ou encore loisirs créatifs, nous produisons fièrement et avec passion la plus large gamme de pinceaux pour l'art en France.

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